DxO a mis PhotoLab 10 en ligne le 1er septembre 2026, sur macOS et Windows. Et il y a un truc amusant dans cette sortie : pour la première fois depuis longtemps, la grosse nouveauté n'est pas le débruitage. Le moteur DeepPRIME XD3 n'a pas bougé — il avait déjà été généralisé à tous les boîtiers supportés avec la version 9.6. La 10 joue ailleurs : masquage, couleur, et sortie vers Affinity.
À mon avis, ce n'est pas un hasard de calendrier. Ces derniers mois, Adobe a fini par livrer un débruitage IA vraiment crédible dans Lightroom Classic 15.3, et Capture One a suivi avec son Enhanced Denoise dans la 16.8. L'écart technique qui faisait toute la réputation de DxO s'est réduit. Réponse logique : arrêter de se battre uniquement sur le bruit, et venir chercher la concurrence sur le terrain du masquage local, là où Lightroom domine depuis trois ans.
Ce que contient PhotoLab 10
Le résumé factuel, avant l'avis :
- Masques de profondeur générés par IA, directement dans la palette d'ajustements locaux
- Masques IA étendus : détection de chaque personne dans la scène, et sélection des éléments du visage (yeux, iris, sclère, cheveux, lèvres, sourcils, dents, pilosité, peau du visage)
- Roue de color grading issue de la Nik Collection 9, par zones tonales
- Suppression automatique des poussières capteur, traitée au niveau du RAW
- Control Brush et Control Points elliptiques, qui élargissent la boîte à outils U Point
- Envoi en un clic vers Affinity pour le travail pixel
Côté tarif : 249,99 $ en licence perpétuelle pour un nouvel utilisateur, 129,99 $ en mise à jour depuis les versions 8 ou 9. Essai 30 jours complet, sans carte bancaire à saisir si on télécharge chez DxO. Pas d'abonnement — c'est toujours le positionnement de la maison, et c'est toujours son meilleur argument commercial.
Les masques de profondeur : la vraie rupture
C'est la fonction qui justifie l'article. Concrètement, on active l'outil dans les ajustements locaux, PhotoLab analyse l'image et construit une carte de profondeur de la scène. Un curseur permet ensuite d'isoler une tranche de distance : premier plan, plan intermédiaire, arrière-plan, ou une bande précise entre les deux.
Le point important, c'est que ça ne dépend d'aucune donnée de profondeur embarquée. Pas de LiDAR, pas de carte issue d'un capteur dual-pixel, pas de fichier HEIC enrichi. L'IA reconstruit la profondeur depuis le RAW. Ça veut dire que ça marche sur des fichiers d'archives, sur n'importe quel boîtier supporté, et sur des images faites il y a cinq ans.
Pourquoi ça compte en B2B
Prends une prise de vue d'intérieur en immobilier ou en architecture. Le problème classique : la pièce est éclairée en mixte, le premier plan est correct, le fond part dans une dominante différente parce que la fenêtre du fond crache 6500 K pendant que les spots du plafond sont à 3000 K. Aujourd'hui on s'en sort avec des dégradés, des points de contrôle empilés et beaucoup de patience. Avec un masque de profondeur, on isole le fond en une opération et on corrige la balance uniquement là.
Même logique en photo produit : séparer le sujet du fond sans détourer, pour rattraper un fond légèrement gris qui devrait être blanc, ou au contraire densifier un arrière-plan trop propre. Et en portrait corporate en open space, isoler le décor pour le calmer un peu sans toucher au sujet — au lieu de dessiner un masque de sujet et de l'inverser en priant pour que les cheveux tiennent.
La réserve honnête : sur le papier, une carte de profondeur générée par IA se comporte mal sur les scènes plates et sur les surfaces réfléchissantes ou transparentes. Un packshot de verrerie sur fond blanc cyclo, il n'y a tout simplement pas de profondeur à reconstruire — l'outil n'aura rien à mordre. D'après les premiers retours pros, c'est sur les scènes avec une vraie stratification (intérieurs, extérieurs d'architecture, portraits en situation) que ça donne le meilleur.
Masques IA : chaque personne, chaque détail du visage
La deuxième nouveauté est plus attendue mais tout aussi utile. PhotoLab 10 détecte désormais toutes les personnes d'une scène et propose trois modes : un masque unique pour l'ensemble, un masque combinant certaines personnes sélectionnées, ou un masque distinct par personne. Et pour chacune, la sélection descend au niveau des éléments du visage.
Pour du portrait corporate, c'est du temps gagné directement mesurable. Une série de trente ou quarante collaborateurs sur fond identique, avec un léger éclaircissement des yeux et une reprise de densité sur les cheveux : jusqu'ici, ça se faisait à la main ou ça sortait vers Photoshop. Là, c'est un préréglage local qu'on colle sur toute la sélection, et on ne repasse que sur les cas qui coincent.
En photo de groupe d'événement professionnel, le masque par personne permet de rattraper l'un ou l'autre visage en sous-exposition sans toucher au reste. C'est exactement le genre de correction qu'on faisait avec des points de contrôle circulaires posés un par un.
Un avertissement quand même, parce que je vois passer beaucoup trop de portraits corporate massacrés : ces outils rendent la sur-retouche trop facile. Un blanchiment de dents et un éclaircissement d'iris automatisés sur toute une série d'équipe, ça se voit immédiatement et ça donne un rendu catalogue de dentiste. En B2B, la crédibilité du portrait passe avant sa perfection. Utilise ces masques pour égaliser, pas pour transformer.
La roue de color grading : l'étalonnage par zones tonales
DxO a rapatrié dans PhotoLab la roue de color grading de la Nik Collection 9. Elle place ombres, tons moyens, hautes lumières et global sur une seule roue, et vient s'ajouter à la roue existante qui travaillait par teinte. On a donc désormais les deux approches : cibler une couleur, ou cibler une zone de luminosité.
C'est ce qui manquait le plus à PhotoLab face à Capture One, qui a construit une bonne partie de sa réputation studio là-dessus. Pour un usage pro, l'intérêt est l'harmonisation : donner une signature tonale cohérente à une série corporate complète, ou au contraire rester strictement neutre en immobilier tout en sortant une pointe de chaleur dans les ombres pour que le rendu ne soit pas glacial.
Et là je vais être direct : le color grading sur un écran non calibré, ça ne sert à rien. Tu passes une heure à poser une ambiance qui n'existe que sur ta dalle. Si tu livres des images à des clients qui les impriment, les publient sur leur site et les envoient à leur agence, la chaîne couleur doit être fiable de bout en bout. Une sonde, c'est le prérequis, pas l'option.

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Et pour la photo produit, où le client attend une couleur de produit conforme au nuancier et pas une interprétation, la sonde seule ne suffit pas : il faut une charte dans la première image de chaque série pour construire un profil d'entrée cohérent.

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Poussières capteur : nettoyage automatique au niveau RAW
Fonction discrète, mais celle qui va faire gagner le plus de minutes bêtes. PhotoLab 10 détecte et supprime automatiquement les poussières capteur, et le fait au niveau du RAW.
Qui a déjà livré une série de deux cents packshots sur fond blanc uni sait de quoi je parle : à f/11, la moindre poussière sur le capteur ressort sur chaque image, exactement au même endroit, et il faut soit tamponner, soit copier la correction sur toute la série en espérant que le cadrage n'a pas bougé. En architecture, même problème sur les grands aplats de ciel. Automatiser ça, c'est une tâche à faible valeur ajoutée qui disparaît du planning.
Control Brush et points de contrôle elliptiques
La technologie U Point, c'est l'ADN de DxO depuis le rachat de Nik. Elle restait pourtant enfermée dans des points de contrôle circulaires. PhotoLab 10 ajoute un Control Brush, donc un masquage à la brosse qui hérite de l'intelligence de sélection U Point, et des points de contrôle elliptiques.
L'ellipse, ça paraît trivial, mais en architecture c'est très concret : une baie vitrée horizontale, un couloir, une façade en longueur ne rentrent pas dans un cercle. Jusqu'ici on empilait trois ou quatre points circulaires pour couvrir la zone. Un point elliptique allongé fait le travail seul, avec un dégradé plus propre.
Le pont vers Affinity, et ce que ça dit de la stratégie DxO
PhotoLab 10 permet d'envoyer une image vers Affinity en un clic pour le travail pixel — retouche fine, composition, détourage sérieux — avec un aller-retour censé rester fluide.
Ce choix est stratégique, et il est malin. Affinity est devenu gratuit fin 2025 après son passage sous pavillon Canva, avec les modules pixel, vecteur et mise en page réunis dans une seule application (seuls les outils IA maison passent par un abonnement Canva). Autrement dit, DxO propose une chaîne complète sans abonnement : PhotoLab pour le RAW et le bruit, Nik Collection pour les effets, Affinity pour le pixel. Face à un pack Adobe Photographie facturé tous les mois à vie, l'argument porte.
La prudence à garder : un aller-retour entre deux applications de deux éditeurs différents, ce n'est jamais aussi intégré qu'un Lightroom Classic vers Photoshop, où le fichier revient se poser tout seul dans le catalogue à côté de l'original. Il faudra voir en usage réel comment se comporte le retour de fichier et la gestion des versions.
Faut-il passer à la 10 ?
Mon avis, sans langue de bois, selon le profil :
Tu es en PhotoLab 9 et tu fais du portrait corporate en série, de l'immobilier ou de l'architecture. Les 129,99 $ de mise à jour se rentabilisent vite. Les masques par personne et le masque de profondeur attaquent précisément les deux endroits où tu perds du temps en post-production sur ces métiers. C'est un oui.
Tu utilises PhotoLab uniquement comme débruiteur en bout de chaîne, en sortie vers un autre logiciel. Reste en 9.6. DeepPRIME XD3 y est déjà, il n'a pas évolué, tu paierais pour des fonctions que tu n'ouvriras jamais.
Tu es sur Lightroom et l'abonnement commence à te peser. L'essai 30 jours complet, sans carte bancaire, est l'occasion honnête de tester. Mais teste sur tes fichiers et ton volume réel, pas sur trois images choisies.
Tu fais de l'événement professionnel à gros volume. Là, je tempère. La vraie faiblesse historique de DxO reste la gestion de bibliothèque. Pour trier trois mille images d'une convention en fin de journée, PhotoLab n'est pas l'outil le plus rapide, et un dérushage en amont dans un logiciel de tri dédié reste la bonne pratique. Les nouveautés de la 10 ne changent rien à ce point-là.
Ce que j'en retiens
PhotoLab 10 est une version de repositionnement plus qu'une version de rupture technique. DxO admet implicitement que son avance sur le débruitage ne suffit plus à vendre le logiciel seul, et va chercher les utilisateurs sur le confort d'édition locale — là où il était clairement en retard.
Le masque de profondeur est la fonction la plus intéressante du lot, parce qu'aucun concurrent direct ne propose exactement ça sans donnée 3D embarquée. Si la qualité de la carte de profondeur tient la route sur des intérieurs réels et pas seulement sur des démos bien choisies, ça devient un argument sérieux pour tout ce qui touche à l'immobilier et à l'architecture. On jugera sur pièces dans quelques semaines, quand les fichiers de production auront tourné dessus.
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