Un 85mm f/1.4 plein format autofocus à 569 $, en Sony E, Nikon Z et L-mount, ça reste anormal en 2026. Il y a cinq ans, ce genre de spec voulait dire 1 500 € minimum et une marque japonaise historique. Meike vient d'annoncer la deuxième itération de son 85 f/1.4 — baptisée MIX II — avec une refonte optique complète et un nouveau moteur AF. Je passe en revue ce que ça change concrètement, et surtout ce que ça vaut face aux références du segment.

Ce qui change vs le premier Meike 85 f/1.4

La première version du Meike 85 f/1.4 était sortie fin 2023, uniquement en Sony E, à 470 $. Un objet un peu curieux : très bon rendu à f/2.8, mais mou à pleine ouverture, un AF STM correct sans plus, et zéro compatibilité avec les capteurs très haute définition. Sur un A7R V à 61 MP, la version 1 souffrait clairement dans les coins.

La MIX II corrige ce qui devait l'être. Nouvelle formule optique : 15 lentilles réparties en 11 groupes, avec ce que Meike annonce comme une conception APO — comprendre : réduction sensible des aberrations chromatiques longitudinales, celles qui te collent des franges violettes sur les hautes lumières à pleine ouverture. C'est le défaut historique des 85 f/1.4 bon marché, et clairement le point sur lequel Meike a travaillé.

Deuxième nouveauté majeure : la compatibilité annoncée avec des capteurs jusqu'à 67 mégapixels, avec un pouvoir résolvant présenté comme suffisant pour des flux 10K. Autrement dit, c'est calibré pour le Sony A7R V (61 MP) et le nouveau Sony A7R VI (67 MP) sans réserve. Sur le papier, ça change tout : le premier verrou du Meike v1 saute.

Enfin, le moteur AF passe du STM classique à ce que Meike appelle Hyperb STM — un STM boosté, plus rapide et surtout plus silencieux, avec compatibilité Eye AF sur les boîtiers modernes.

Le contexte : trois montures d'un coup

Ce qui est plus intéressant que la fiche technique, c'est la stratégie. Meike sort la MIX II simultanément en Sony E, Nikon Z et L-mount. Aucune référence chinoise ne faisait ça il y a deux ans sur ce segment de prix. Viltrox, Sirui, TTArtisan couvrent Sony E et Nikon Z, parfois Fuji X, mais lancer un f/1.4 plein format tri-monture d'un coup, c'est nouveau.

Concrètement : si tu es Nikon Z, tu n'as pas de vrai concurrent bon marché au Nikkor Z 85mm f/1.2 S (2 800 €). Le Viltrox 85mm f/1.8 Z est correct mais reste f/1.8. Le Meike arrive à 569 $ avec l'ouverture pleine — c'est un trou de marché exploité proprement.

En L-mount, c'est encore plus rare : Panasonic n'a pas de 85 f/1.4 natif (le Lumix S Pro 85mm f/1.8 est le seul choix maison), Sigma propose son excellent 85 f/1.4 DG DN Art mais à 1 199 €. Meike divise le prix par plus de deux.

Face aux références du segment

Comparer un 569 $ à un

Sony FE 85mm f/1.4 GM II
Sony

Sony FE 85mm f/1.4 GM II

Deuxième génération du 85mm G Master de Sony : plus léger, AF XD linéaire, bokeh 11 lamelles, référence portrait.

ou un
Canon RF 85mm f/1.4 L VCM
Canon

Canon RF 85mm f/1.4 L VCM

85mm L Series Canon avec moteur VCM hybride photo/vidéo, sans focus breathing, bague d'iris déclicable.

, c'est presque déloyal. Le GM II coûte trois fois plus, le RF L VCM quatre fois plus. Mais pour un photographe qui hésite, la vraie question c'est : qu'est-ce qu'on perd en prenant le Meike ?

Ce qu'on perd, à mon avis, c'est trois choses. D'abord le rendu du bokeh en zones de transition — les GM II et L VCM ont un piqué qui plonge très progressivement dans le flou, avec des cercles de confusion nets et propres. Les optiques Meike, historiquement, ont des transitions moins linéaires et un bokeh qui peut nervoser dans certaines conditions (feuillages, gouttes de pluie sur des surfaces réfléchissantes). L'optique APO de la MIX II devrait aider, mais je ne parierais pas là-dessus les yeux fermés.

Ensuite, la vitesse et la fiabilité AF en tracking. Le Hyperb STM est vendu comme rapide, mais un moteur STM reste un moteur STM : il n'aura pas la nervosité d'un XD Linear Motor Sony ou d'un VCM Canon quand tu shoote un sujet qui bouge en continu. Pour du portrait posé, en studio ou en extérieur maîtrisé, aucun problème. Pour du reportage nerveux, il y aura probablement des ratés que tu n'aurais pas eus avec un GM II.

Enfin, la constance à pleine ouverture. C'est le point le plus difficile à évaluer sans le lens en main, mais l'expérience des Meike précédents montre que le sweet spot arrive souvent à f/2 ou f/2.2, avec un léger softness à f/1.4. Si tu shoote systématiquement à f/1.4, tu vas le sentir.

En usage corporate et portrait : ça fait sens ?

Pour de la photo corporate, du portrait d'entreprise, de la photo produit lifestyle — c'est-à-dire ce que je vois passer chez les photographes B2B autour de moi — le 85 est un focal obligatoire. C'est celui qui compresse les traits proprement, qui donne un rendu élégant sans caricature, et qui décolle un sujet du fond sans matraquer le bokeh.

À mon avis, un Meike 85 f/1.4 MIX II à 569 $ est un choix parfaitement défendable dans deux cas de figure :

  • Premier 85 pour un photographe corporate qui débute son parc d'objectifs. Tu prends un G Master ou un L VCM quand ton chiffre d'affaires le justifie. En attendant, la MIX II fait le job à f/2 sans rougir.
  • Deuxième boîtier / setup de secours. Si tu shoote en dual body avec un 24-70 sur l'un et que tu veux un 85 léger sur le second sans doubler ton investissement matos, c'est intelligent.

En revanche, pour un photographe pro dont le portrait est le cœur d'activité — mode, beauty, éditorial haut de gamme — le passage au GM II ou au L VCM se justifie. Le rendu, la constance et la vitesse AF font une différence qui se voit sur les fichiers finaux, et surtout sur les délais de post-prod.

Ce qui reste à vérifier

Meike a un historique en dents de scie sur le contrôle qualité. Certaines séries sortent excellentes, d'autres ont des problèmes de décentrage optique ou de calibration AF. La MIX II va devoir passer l'épreuve des tests indépendants (DPReview, LensRentals, Christopher Frost pour la partie AF) avant qu'on puisse recommander sans réserve. Je te déconseille d'acheter en day one sans avoir vu au moins deux tests longs.

Deuxième point d'attention : le firmware. Meike a la bonne idée d'intégrer un port USB-C sur ses derniers objectifs pour les mises à jour, mais l'expérience Viltrox montre que la compatibilité avec les nouveaux boîtiers (notamment les Sony et Nikon flagship) peut demander plusieurs itérations avant d'être parfaitement stable. Attends de voir comment se comporte la MIX II sur A7R VI ou Nikon Z8 firmware récent.

Le verdict

569 $ pour un 85 f/1.4 AF plein format tri-monture, c'est un jalon. Ce n'est pas le premier chinois à casser les prix (Viltrox, Sirui, TTArtisan ont pavé la route), mais c'est le premier à taper directement le segment des f/1.4 haut de gamme avec des specs qui, sur le papier, tiennent la route face aux références de marque.

Ce que ça change pour le marché : Sony, Canon et Nikon vont devoir tenir bon sur la valeur perçue de leurs 85 f/1.4 pro. Les GM II et L VCM restent des références absolues, mais le delta de prix (près de 1 800 € entre le Meike et le RF L VCM) devient dur à défendre pour un usage non intensif.

Pour un photographe corporate qui débute ou qui cherche un complément à son parc principal, la MIX II est à mon avis un candidat très sérieux — sous réserve des tests indépendants à venir. Pour un pro dont le portrait est le pain quotidien, le

Sony FE 85mm f/1.4 GM II
Sony

Sony FE 85mm f/1.4 GM II

Deuxième génération du 85mm G Master de Sony : plus léger, AF XD linéaire, bokeh 11 lamelles, référence portrait.

ou le
Canon RF 85mm f/1.4 L VCM
Canon

Canon RF 85mm f/1.4 L VCM

85mm L Series Canon avec moteur VCM hybride photo/vidéo, sans focus breathing, bague d'iris déclicable.

restent des investissements qui se rentabilisent sur la durée : rendu, fiabilité, valeur de revente. Le Meike n'est pas là pour les remplacer, mais pour offrir une porte d'entrée crédible à un focal essentiel.

À suivre : les premiers retours terrain en septembre, quand les tests longs seront sortis. Je reviendrai dessus si Meike tient ses promesses — ou si la MIX II se prend une gamelle sur un point qu'on n'avait pas vu venir.