Pourquoi ce zoom atypique m'a intrigué

On a tous nos habitudes. Sur Sony, mon kit standard tourne autour du 24-70 GM et du 70-200 GM. Deux optiques excellentes, mais deux optiques qui pèsent leur poids — et qui imposent de changer d'objectif en plein shooting. Quand Tamron annonce un 35-100mm f/2.8 à 565 grammes et moins de 900 euros, j'avoue : j'ai voulu comprendre.

Le 35-100mm, c'est une plage focale inhabituelle. On perd le grand-angle du 24-70, on perd le reach du 70-200. Sur le papier, c'est un compromis bizarre. En pratique, c'est exactement la plage que j'utilise 80 % du temps en reportage d'entreprise et en portrait corporate.

Fiche technique express

Modèle A078, sorti en février 2026. Disponible en monture Sony E et Nikon Z. Voici l'essentiel :

  • Plage focale : 35-100mm
  • Ouverture constante : f/2.8
  • Formule optique : 15 éléments en 13 groupes
  • Diaphragme : 12 lamelles circulaires
  • Mise au point minimale : 22 cm (à 35mm), 65 cm (à 100mm)
  • Grossissement max : 0,33x à 35mm
  • Diamètre filtre : 67 mm
  • Poids : 565 g
  • Longueur : 119,2 mm
  • Tropicalisation : oui, avec joint à la monture et traitement fluor
  • Prix : environ 899 €

Construction et prise en main

Premier contact, première surprise : ce truc est petit. Posé à côté de mon Sony FE 24-70 GM II, on dirait un objectif d'une catégorie en dessous. Il fait à peu près la taille d'un 28-75mm f/2.8 classique. Pourtant, il monte jusqu'à 100mm à f/2.8 constant.

La construction respire la solidité. Les tolérances sont serrées, la bague de zoom tourne avec une résistance bien dosée — ni trop molle, ni trop ferme. Le revêtement est le même que sur les dernières optiques Tamron haut de gamme, légèrement texturé, agréable au toucher.

La tropicalisation est complète : joints aux bagues, joint à la monture, traitement fluor sur la lentille frontale. J'ai shooté sous une pluie fine lors d'un reportage immobilier à Perpignan, aucun souci. Le filtre 67mm est un vrai bonus au quotidien — c'est petit, léger et pas cher à équiper en filtres.

Détail notable : c'est le premier objectif Tamron compatible avec le Tamron Link USB-C, un accessoire qui permet de mettre à jour le firmware et personnaliser l'objectif via l'app Tamron Lens Utility sans fil. Pas indispensable, mais bien pensé pour les pros qui veulent ajuster la réponse de la bague de mise au point ou la courbe AF.

Autofocus : le moteur VXD fait le job

Le moteur VXD (Voice-coil eXtreme Drive) est le même type que sur les optiques Tamron pro récentes. En pratique sur mon

Sony

Sony A7 IV

Hybride plein format 33 Mpx. AF IA Real-Time, 4K 60p, ergonomie pro.

, l'AF accroche vite et suit bien. En reportage corporate — un dirigeant qui marche dans un couloir, un employé sur une chaîne de production — le suivi fonctionne de manière fiable.

J'ai testé le tracking 3D en conditions réelles : des prises de vue en intérieur faiblement éclairé, du portrait en mouvement léger. Le taux de réussite est élevé. Pas au niveau d'un GM natif Sony, soyons honnêtes, mais la différence est minime. Pour du reportage et du portrait posé, c'est largement suffisant.

Le moteur est quasi silencieux. Un vrai point positif pour ceux qui travaillent en environnement calme — j'ai eu des séances en salle de réunion où le bruit d'un AF bruyant aurait été gênant.

Piqué : excellent au centre, très bon aux bords

C'est le nerf de la guerre. À f/2.8, le piqué central est excellent à toutes les focales. Pas de surprise : Tamron maîtrise ses formules optiques sur ce segment.

Les bords sont très bons dès la pleine ouverture. On note une légère douceur dans les coins extrêmes à f/2.8, surtout à 35mm, mais rien de dramatique — et ça disparaît dès f/4. En portrait corporate, les coins sont rarement critiques. En photo de produit ou d'architecture intérieure, je ferme de toute façon à f/5.6 ou f/8, et là tout est homogène.

À 100mm f/2.8, c'est la focale où l'objectif brille le plus. Le piqué est remarquable sur tout le cadre, avec un contraste élevé et des couleurs fidèles. C'est la configuration que j'ai le plus utilisée pour le portrait : un cadrage serré, un arrière-plan fondu, une netteté chirurgicale sur les yeux.

Bokeh : la surprise des 12 lamelles

Tamron a fait un choix inhabituel : 12 lamelles de diaphragme au lieu des 9 habituelles. Résultat : le bokeh est remarquablement doux et circulaire, même à des ouvertures intermédiaires comme f/4 ou f/5.6.

À f/2.8 et 100mm, la séparation sujet/arrière-plan est franche. Le flou est crémeux, sans nervures visibles dans les hautes lumières. Ce n'est pas tout à fait le bokeh d'un 85mm f/1.4 GM — il ne faut pas rêver — mais pour un zoom à 899 €, c'est bluffant.

Les transitions entre zones nettes et floues sont progressives. En portrait corporate, c'est exactement ce qu'on cherche : un sujet qui se détache proprement d'un arrière-plan de bureau sans effet artificiel.

35-100mm vs 24-70 + 70-200 : le calcul du terrain

Le débat qui fâche. Évidemment, un 24-70 f/2.8 GM + un 70-200 f/2.8 GM couvrent plus large des deux côtés. Mais posons les chiffres :

  • 24-70 GM II + 70-200 GM II : environ 1 345 g au total, pour un budget de 4 600 €
  • Tamron 35-100 f/2.8 : 565 g, 899 €

On parle de 780 grammes et 3 700 euros de différence. Et surtout : zéro changement d'objectif pendant le shooting.

En reportage d'entreprise, quand je couvre des locaux, des portraits et des ambiances dans la même demi-journée, ne pas changer d'objectif est un gain de temps énorme. Moins de poussière sur le capteur. Moins de risque de rater un moment. Plus de fluidité dans le travail.

Ce que je perds : le 24-35mm en grand-angle (mais j'ai un 20mm f/1.8 dans le sac pour ça) et le 100-200mm en télé. En pratique, sur mes reportages corporate des trois derniers mois, j'ai analysé mes métadonnées : 73 % de mes photos étaient entre 35 et 100mm. Ce zoom couvre donc l'essentiel.

Et face au Sigma 28-105mm f/2.8 Art ?

C'est le concurrent direct. Le Sigma 28-105mm f/2.8 DG DN Art offre une plage plus large — 28mm au lieu de 35, 105mm au lieu de 100. Sur le papier, il gagne.

En pratique, le Sigma pèse 995 g et mesure 158 mm de long. C'est 430 g de plus que le Tamron. Quand on tient un objectif à bout de bras pendant une journée de shooting, cette différence se sent dans le poignet et dans l'épaule.

Le diamètre de filtre passe de 67mm (Tamron) à 82mm (Sigma). Ça impacte le coût des filtres ND et polarisants. Le prix du Sigma est aussi plus élevé, autour de 1 299 €.

Côté optique, le Sigma est légèrement meilleur à 28mm (logique, le Tamron ne descend pas jusque-là) mais le Tamron le rattrape sur la partie haute de la plage, notamment à 85-100mm où le piqué est franchement excellent.

Mon verdict : si les 28mm sont indispensables à ton travail, le Sigma s'impose. Si tu cherches la compacité et que ton workflow commence à 35mm, le Tamron est le meilleur choix.

En situation : trois semaines de terrain

J'ai utilisé ce zoom sur trois types de mission :

Reportage corporate

Visite de locaux d'une entreprise tech à Montpellier. Alternance entre plans larges de bureaux (35mm) et portraits spontanés d'employés (85-100mm). L'objectif reste monté toute la journée. L'AF suit bien, même en intérieur mal éclairé. À 3200 ISO sur le

Sony

Sony A7 IV

Hybride plein format 33 Mpx. AF IA Real-Time, 4K 60p, ergonomie pro.

, les images restent propres et le piqué ne décroche pas.

Portrait dirigeant

Séance de portraits pour un comité de direction. À 100mm f/2.8, la compression des perspectives est flatteuse, le bokeh isole bien les sujets. Le rendu est pro. En retouche, les fichiers encaissent bien les corrections de couleur et les ajustements de luminosité.

Photo de produit

Shooting de bouteilles pour un domaine viticole. La mise au point minimale de 22 cm à 35mm permet des plans rapprochés intéressants avec un grossissement de 0,33x. Pas besoin de bague macro pour des détails d'étiquettes ou de bouchons. C'est un vrai plus que je n'avais pas anticipé.

Les limites à connaître

Pas de stabilisation optique. Tamron fait le pari de s'appuyer sur l'IBIS du boîtier. Sur un A7 IV, ça fonctionne bien. Sur un boîtier plus ancien sans stabilisation, c'est un problème.

Pas de 24mm. Pour de l'architecture intérieure ou des plans d'ensemble larges, il faut compléter avec un grand-angle. C'est le sacrifice principal de cette plage atypique.

Le pare-soleil fourni est correct sans plus. Il fait le job mais n'inspire pas la même confiance qu'un pare-soleil Sony ou Sigma. Détail mineur, mais à noter.

Enfin, la plage 35-100 reste inhabituelle. Ça veut dire qu'il faut repenser son kit si on vient d'un workflow 24-70 / 70-200 classique. C'est un changement de philosophie, pas juste un changement d'objectif.

Mon verdict

Le Tamron 35-100mm f/2.8 Di III VXD est un objectif qui n'aurait pas dû fonctionner. La plage focale est bizarre, la marque n'est pas la plus glamour, le prix fait tiquer les sceptiques ("à 899 €, ça ne peut pas être bon"). Et pourtant.

Pourtant, c'est devenu mon objectif par défaut en reportage corporate. 565 grammes, f/2.8 constant, un piqué qui tient la route face à des optiques deux fois plus chères, un bokeh remarquable grâce aux 12 lamelles, et un AF fiable sur Sony.

Ce n'est pas l'objectif qui remplace tout. C'est l'objectif qui remplace le changement d'objectif. Pour un photographe pro qui fait du portrait, du reportage et du produit dans la même journée, c'est un gain de temps et de confort considérable.

À 899 €, c'est l'un des meilleurs rapports qualité-prix du marché en monture E. Si votre plage de travail habituelle tourne entre 35 et 100mm — et pour beaucoup de photographes corporate, c'est le cas — essayez-le. Vous risquez de ne plus vouloir le décrocher.