Le 26 août, Ricoh Imaging a officialisé le développement du GR IVx, la déclinaison 40 mm de son compact expert. L'annonce était attendue — la logique GR III / GR IIIx laissait peu de place au doute — mais les détails communiqués réservent quelques vraies surprises. Et à mon avis, la plus importante n'est pas celle qu'on croit : Ricoh n'a pas recyclé l'optique du GR IIIx, il a conçu un objectif entièrement nouveau. Pour un boîtier de cette catégorie, c'est un signal fort.

Je vous avais déjà donné mon retour sur le GR IV et son 28 mm au moment de sa sortie. Le GR IVx reprend la même base technique, mais change radicalement de philosophie avec sa focale. Voyons ce que Ricoh a annoncé, et surtout ce que ça implique concrètement pour un photographe professionnel.

Ce que Ricoh a annoncé le 26 août

Il s'agit pour l'instant d'une annonce de développement, pas d'une fiche produit complète. Mais les informations confirmées sont déjà substantielles. Le GR IVx embarque le même capteur APS-C de 25,7 mégapixels que le GR IV, associé à un objectif de 26,1 mm réels, soit un équivalent 40 mm en plein format, ouvrant à f/2.8 avec un diaphragme qui ferme jusqu'à f/16.

La formule optique est inédite : 8 éléments en 6 groupes, dont 3 lentilles asphériques. C'est là que Ricoh a mis les moyens. Le GR IIIx utilisait une formule plus simple, et la marque aurait très bien pu la transposer devant le nouveau capteur pour limiter les coûts. Elle a fait le choix inverse : recalculer l'optique de zéro pour exploiter les 25,7 Mpx. Sur le papier, c'est la promesse d'un piqué homogène dès la pleine ouverture — d'après les premiers retours de la presse spécialisée, c'était d'ailleurs le point fort du 28 mm du GR IV.

Autre confirmation intéressante : un filtre ND intégré de 2 stops, comme sur le GR IV. Et d'après les informations relayées par la presse, la stabilisation capteur passe à 5 axes, là où le GR IIIx se contentait de 3 axes. À main levée avec un équivalent 40 mm, ça compte : deux axes supplémentaires, c'est la différence entre une image nette et une image « presque nette » au 1/15s dans un hall d'entreprise mal éclairé.

La sortie est annoncée pour l'hiver 2026, sans prix communiqué. Détail qui n'en est pas un : la production du GR IIIx s'arrête après les livraisons d'octobre. Le calendrier est limpide — le GR IVx prend directement sa place dans la gamme.

Un 40 mm entièrement recalculé, pas un copier-coller

Je veux insister sur ce point, parce que c'est ce qui distingue cette annonce d'une simple mise à jour de catalogue. Quand un constructeur décline un boîtier avec une focale alternative, la tentation est grande de reprendre l'optique existante. Ricoh avait déjà l'objectif du GR IIIx sous la main, éprouvé, apprécié, rentabilisé.

Concevoir une nouvelle formule à 8 éléments avec 3 asphériques pour un compact de poche, c'est un investissement optique réel. Ça veut dire que Ricoh considère le capteur 25,7 Mpx comme exigeant — ce qui est vrai, la densité de photosites en APS-C ne pardonne rien — et que la marque vise une restitution au niveau de ce que le GR IV a montré. En clair : le GR IVx n'est pas pensé comme le petit frère du GR IV, mais comme son égal avec un autre angle de champ.

La déclaration officielle de Ricoh va dans ce sens : la marque parle d'un objectif GR nouvellement développé pour « étendre le potentiel créatif » de la série, tout en conservant ses trois piliers historiques — qualité d'image, réactivité, portabilité. Du discours marketing, certes, mais cohérent avec les choix techniques annoncés.

28 ou 40 mm : la vraie question derrière cette annonce

Parlons de la focale, parce que c'est elle qui va déterminer si ce boîtier vous concerne. Le 40 mm équivalent, c'est un angle de champ proche de la vision humaine attentive — Ricoh le formule exactement comme ça dans son communiqué. Ni le recul dramatique du 28 mm, ni la compression du 50 mm. Une focale de constat, presque documentaire.

À mon avis, c'est la focale la plus intelligente pour du snapshot urbain et du portrait environnemental. Le 28 mm du GR IV oblige à s'approcher franchement du sujet et intègre beaucoup de contexte — parfait pour l'architecture, les intérieurs, les scènes larges. Le 40 mm isole davantage, flatte les visages sans les déformer, et permet de travailler à distance de conversation. Deux outils, deux écritures.

Historiquement, le GR IIIx avait trouvé son public précisément là-dessus : ceux qui trouvaient le 28 mm trop large pour leur pratique quotidienne. Le fait que Ricoh perpétue cette dualité 28/40 dans la génération IV confirme que la demande est réelle. On peut d'ailleurs noter que la marque n'a pas cédé à la mode du 35 mm : elle assume un 40 mm plus resserré, plus typé.

Ce que ça change pour un photographe pro

Soyons clairs : personne ne va shooter un reportage d'entreprise complet au GR IVx. Ce n'est pas son rôle, et ceux qui vous vendent le compact expert comme remplaçant d'un hybride pro racontent des histoires. En revanche, pour un professionnel, ce genre de boîtier a trois usages sérieux — et le passage au 40 mm en renforce deux.

Premier usage : le repérage. Avant une prestation corporate ou une série immobilière, arpenter les lieux avec un vrai capteur APS-C dans la poche plutôt qu'un smartphone, ça permet de valider des cadrages et des ambiances lumineuses exploitables. Là-dessus, honnêtement, le 28 mm du GR IV reste plus pertinent pour l'immobilier et l'architecture — le 40 mm est trop serré pour évaluer un volume intérieur.

Deuxième usage, et c'est là que le IVx marque des points : les coulisses et les instants volés en marge d'un événement professionnel. Un compact noir sans logo apparent ne braque personne. Les collaborateurs restent naturels devant un boîtier qui ressemble à un jouet, là où un plein format avec un 24-70 f/2.8 fige instantanément les attitudes. Avec un équivalent 40 mm, on cadre un visage, une poignée de main, un geste métier, sans distorsion et sans coller les gens. Pour de la photo corporate d'ambiance, sur le papier, ça coche les cases.

Troisième usage : la pratique personnelle. On n'en parle pas assez, mais un photographe qui ne photographie que sur commande finit par s'user. Un boîtier de poche au 40 mm, c'est une invitation à refaire des images pour soi. D'après les retours de nombreux pros équipés en GR, c'est exactement le rôle que joue cette série depuis des années.

Les zones d'ombre : prix, tropicalisation, autonomie

Restons lucides sur ce que l'annonce ne dit pas. D'abord le prix. Ricoh n'a rien communiqué, mais le positionnement du GR IV donne le ton : la série a clairement glissé vers le premium. Il faut s'attendre à un tarif aligné sur celui du GR IV, ce qui placera le IVx face à une concurrence indirecte sérieuse — y compris des hybrides APS-C avec pancake qui, eux, offrent des optiques interchangeables.

Ensuite, la construction. D'après les premières analyses de la presse américaine, toujours pas de tropicalisation à l'horizon. C'est le reproche récurrent fait à la série GR, et visiblement Ricoh maintient sa position. Pour un boîtier qu'on trimballe partout, dans la poche, sous la pluie fine d'un repérage de novembre, c'est une vraie limite. La poussière sur le capteur reste le talon d'Achille historique de la gamme — espérons que le mécanisme du GR IV ait progressé sur ce point, mais l'absence de joints d'étanchéité ne rassure pas.

Enfin, des inconnues classiques d'une annonce de développement : autonomie précise, réactivité de l'autofocus avec la nouvelle formule optique, distance minimale de mise au point. Sur ce dernier point, le GR IIIx offrait un mode macro correct ; on attend de voir ce que donne la nouvelle optique de près, car c'est un usage réel — détails produits, textures, matières lors d'un repérage.

Face à quoi se positionne-t-il ?

Le marché du compact expert à focale fixe s'est réveillé ces dernières années, et le GR IVx n'arrive pas en terrain vide. Le Fujifilm X100VI occupe le créneau du 35 mm équivalent avec viseur hybride, à un tarif supérieur et dans un gabarit nettement moins pocketable. Le Panasonic Lumix L10, dont je vous parlais récemment, joue la carte du zoom Leica. Et Ricoh lui-même vient de lancer le GR IV en 28 mm.

La force du IVx, c'est d'être le seul à proposer ce 40 mm dans un boîtier qui tient réellement dans une poche de veste. Pas de viseur, pas de zoom, pas de fioritures : une focale, un capteur sérieux, une stabilisation 5 axes, un ND intégré. C'est une proposition radicale, presque austère — et c'est précisément ce qui fait le succès de la série depuis le GR argentique.

Mon verdict provisoire

Cette annonce me semble être exactement ce que Ricoh devait faire : décliner rapidement le GR IV en 40 mm pour ne pas laisser les utilisateurs du GR IIIx orphelins, tout en investissant réellement dans l'optique plutôt qu'en recyclant l'ancienne. L'arrêt de production du IIIx en octobre et la sortie du IVx annoncée pour l'hiver montrent une transition de gamme parfaitement orchestrée.

Pour un photographe pro en B2B, je résumerais les choses ainsi : si vous cherchez un compact de repérage pour l'immobilier et l'architecture, le GR IV et son 28 mm restent le choix logique. Si c'est un boîtier de poche pour les ambiances, les coulisses d'événements professionnels et votre pratique personnelle, le 40 mm du IVx est, sur le papier, la focale la plus polyvalente que la série ait jamais portée.

Reste l'inconnue du prix et la déception prévisible sur l'absence de tropicalisation. J'attends la fiche technique complète et les premiers tests terrain avant de trancher définitivement. Mais une chose est sûre : dans un marché où les compacts experts se vendent mieux que jamais, Ricoh vient de jouer un coup solide. Rendez-vous cet hiver pour la confirmation.