Fujifilm a officialisé le 4 septembre le Fujinon XF 400mm f/4.5 R LM OIS WR, un super-téléobjectif fixe en monture X affiché 3 199,95 $ outre-Atlantique et attendu en boutique dès la mi-septembre. Le tarif France n'est pas encore confirmé à l'heure où j'écris ces lignes, mais on peut raisonnablement tabler sur un prix autour de 3 500 € TTC. La proposition tient en une phrase : un 600 mm équivalent plein format qui pèse 1,24 kg. Et cette phrase-là, à mon avis, mérite qu'on s'y arrête sérieusement.

Parce qu'au-delà de l'objectif lui-même, cette annonce dit quelque chose du positionnement de Fujifilm. La marque veut clairement exister sur le terrain du sport et de l'animalier, chasse gardée historique de Canon, Nikon et Sony. Avec ce 400 mm, le trio de super-télés fixes X-mount est désormais complet : 200 mm f/2, 400 mm f/4.5, 500 mm f/5.6. Ça commence à ressembler à un vrai système, pas à une collection d'exceptions.

Ce que Fujifilm annonce

Reprenons la fiche technique, parce qu'elle est dense. Le XF 400mm f/4.5 R LM OIS WR, c'est :

  • Une formule optique de 21 éléments en 14 groupes, diaphragme à 9 lamelles
  • 1,24 kg sur la balance pour 239,5 mm de long
  • Une stabilisation optique annoncée à 5,5 stops
  • Un autofocus à moteur linéaire (le « LM » de la nomenclature)
  • Une distance minimale de mise au point de 2,75 m
  • Un diamètre de filtre de 95 mm
  • Une construction tropicalisée (« WR ») et une bague d'ouverture physique (« R »)
  • Un collier de pied avec semelle compatible Arca directement intégrée

Deux détails me plaisent particulièrement dans cette liste. D'abord la semelle Arca native : ça paraît anecdotique, mais quiconque a déjà jonglé avec des plateaux rapportés sur un super-télé sait que c'est exactement le genre d'attention qui manque encore chez la plupart des concurrents. Ensuite, les 5,5 stops de stabilisation optique, qui se cumulent avec l'IBIS des boîtiers récents : sur le papier, ça autorise des vitesses franchement basses à main levée pour une focale de ce calibre.

Le point qui pique : le filtre de 95 mm. À ce diamètre, un simple polarisant de qualité coûte un bras. C'est le prix à payer pour l'ouverture f/4.5, mais autant le savoir avant de signer.

Le trio super-télé est complet, et il a une logique

Ce 400 mm ne sort pas de nulle part. Il vient s'intercaler très exactement entre le XF 200mm f/2, le monstre à ouverture record de la gamme, et le XF 500mm f/5.6 sorti fin 2024, qui a déjà convaincu pas mal de photographes animaliers d'après les retours que je lis. En équivalent plein format, la gamme fixe couvre désormais 305 mm f/2, 600 mm f/4.5 et 762 mm f/5.6. Ajoutez le zoom XF 150-600mm f/5.6-8 pour la polyvalence, et la monture X propose une offre super-télé qui n'a plus grand-chose à envier aux systèmes plein format en termes de couverture.

Fujinon XF 500mm f/5.6 R LM OIS WR
Fujifilm

Fujinon XF 500mm f/5.6 R LM OIS WR

Super-télé fixe 762 mm équivalents, compact, stabilisé et tropicalisé : la référence animalière en monture X.

Face au 500 mm f/5.6, le nouveau venu se positionne intelligemment : un peu moins de portée, mais deux tiers de stop de lumière en plus et un gabarit similaire. Pour du sport en lumière déclinante ou de l'affût en sous-bois, ce demi-diaph peut faire la différence entre une image nette et une bouillie à 12 800 ISO. Pour celui qui privilégie la portée maximale à budget contenu, le zoom 150-600 mm reste l'option rationnelle.

Fujinon XF 150-600mm f/5.6-8 R LM OIS WR
Fujifilm

Fujinon XF 150-600mm f/5.6-8 R LM OIS WR

Zoom interne 229-914 mm équivalents, 1 605 g, tropicalisé : la polyvalence super-télé de la monture X.

600 mm équivalents pour 1,24 kg : l'argument choc, et sa nuance

C'est évidemment l'argument marketing central, et il est réel : aucun système plein format ne vous donne un angle de champ de 600 mm à f/4.5 pour 1,24 kg et 3 200 $. Chez Nikon, le Z 400mm f/4.5 joue dans la même catégorie de poids et de prix, mais il reste un 400 mm une fois monté ; pour cadrer comme un 600 mm, il faut un téléconvertisseur ou un boîtier haute définition et un recadrage sévère. Chez Sony et Canon, les zooms 400-800 mm et 200-800 mm offrent plus de portée, mais à des ouvertures glissantes nettement plus sombres en bout de course.

Maintenant, la nuance que le marketing ne vous dira pas : l'équivalence ne s'arrête pas à la focale. Un f/4.5 sur capteur APS-C produit une profondeur de champ et un rapport signal/bruit comparables à ceux d'un f/6.7 environ sur plein format, à cadrage égal. Autrement dit, ce que vous achetez ici, c'est de la portée par kilo, pas de la capacité à encaisser la nuit tombante mieux qu'un plein format. Les capteurs APS-C de 26 et 40 MP de Fujifilm sont bons, mais ils ne font pas de miracles à 6 400 ISO face à un 24×36 récent. À mon avis, il faut acheter cet objectif pour ce qu'il est : un concentré de compacité redoutable en bonne lumière, pas un aspirateur à photons.

Les premières prises en main publiées cette semaine — chez Tom's Guide notamment, sur des rapaces en vol — sont en tout cas franchement enthousiastes sur la réactivité de l'autofocus et le piqué à pleine ouverture. À confirmer par des tests complets, mais le signal est positif.

Téléconvertisseurs : jusqu'à 1 200 mm équivalents

Le XF 400mm f/4.5 accepte les téléconvertisseurs XF 1.4x et 2.0x. Avec le premier, on obtient un 560 mm f/6.3, soit 840 mm équivalents. Avec le second, un 800 mm f/9, soit 1 200 mm équivalents — une combinaison à réserver aux journées très lumineuses, mais qui ouvre des perspectives en photo aviaire que peu de configurations à ce poids total permettent.

Fujifilm téléconvertisseur XF 2.0x TC WR
Fujifilm

Fujifilm téléconvertisseur XF 2.0x TC WR

Téléconvertisseur x2 tropicalisé qui double la focale des télés XF compatibles en conservant AF et stabilisation.

Sur ce terrain-là, l'écosystème Fujifilm marque un vrai point : l'ensemble boîtier, 400 mm et doubleur tient sous les 2 kg. Allez trouver un équivalent 1 200 mm stabilisé à ce poids ailleurs.

Et pour un photographe pro B2B ?

Soyons honnêtes : dans mon quotidien de photographe d'entreprise à Perpignan — reportage corporate, immobilier, portrait, photo produit —, un 600 mm équivalent n'est pas l'outil qui sort le plus souvent. Ce n'est pas la cible première de cet objectif, et je ne vais pas vous raconter le contraire.

Il y a pourtant deux lectures B2B qui me semblent pertinentes. La première : l'événementiel sportif d'entreprise, les inaugurations de sites industriels à distance de sécurité, le suivi de chantiers depuis un point fixe — autant de situations où une très longue focale légère, transportable dans un sac cabine avec le reste du matériel, fait sens. La seconde : le signal envoyé au marché. Un système qui investit dans des super-télés pros de ce niveau est un système qui pense long terme, et c'est un critère que je regarde toujours avant de recommander une monture à un confrère qui s'équipe.

Fujifilm X-H2S
Fujifilm

Fujifilm X-H2S

Hybride APS-C 26 MP à capteur empilé, rafale 40 i/s et AF à détection de sujet : le boîtier action de la gamme X.

Pour exploiter ce 400 mm sur du sujet rapide, c'est d'ailleurs vers le X-H2S et son capteur empilé que les regards se tourneront naturellement — et les rumeurs insistantes d'un X-T6 à capteur partiellement empilé, attendu ces prochaines semaines, ne font que renforcer la cohérence de l'ensemble.

Mon avis

Sur le papier, le XF 400mm f/4.5 R LM OIS WR est exactement l'objectif qui manquait à la monture X : assez lumineux pour se distinguer du 500 mm f/5.6, assez léger pour justifier le choix de l'APS-C face au plein format, assez sérieux dans sa construction — tropicalisation, semelle Arca, bague d'ouverture — pour parler aux pros. À environ 3 500 € estimés chez nous, il n'est pas donné, mais il est cohérent face à un Nikon Z 400mm f/4.5 vendu plus cher pour un angle de champ plus court.

Les réserves sont connues d'avance : l'équivalence d'ouverture qui limite les ambitions en basse lumière, et des filtres de 95 mm au tarif dissuasif. Mais pour le photographe animalier ou sportif qui veut voyager léger sans sacrifier la portée, la proposition est, à mon avis, l'une des plus rationnelles du marché en cette rentrée 2026. Fujifilm ne joue plus les seconds rôles sur le super-télé. Il faudra désormais compter avec eux.