La semaine a été plutôt calme côté boîtiers, mais il y a une info qui mérite largement plus d'attention qu'elle n'en reçoit. Meike a confirmé que son AF 85 mm f/1,8 en monture GFX se vend au-delà de ses prévisions, et deux nouvelles focales ont fuité les 16 et 18 août : un 65 mm et un 110 mm, autofocus eux aussi. Traduction : le moyen format Fujifilm, resté une chasse gardée optique quasi absolue depuis le lancement du système en 2017, commence à s'ouvrir aux fabricants tiers. Et pas avec des cailloux manuels à 200 € — avec des objectifs autofocus.

Pour ceux qui bossent en photo produit, en portrait corporate ou en architecture, c'est une nouvelle bien plus importante qu'un énième 85 mm plein format. Je vous explique pourquoi.

Ce que Meike a réellement sorti

Le Meike AF 85 mm f/1,8 G est un objectif conçu pour le cercle d'image moyen format 43,8 × 32,9 mm des boîtiers GFX. C'est l'un des tout premiers objectifs autofocus d'un fabricant tiers sur cette monture, ce qui en soi est déjà remarquable : Fujifilm n'a jamais ouvert son protocole comme Sony l'a fait sur la monture E, et la monture G est restée pendant huit ans un club privé.

Les caractéristiques annoncées sont sobres mais cohérentes : formule optique de 11 éléments en 7 groupes, autofocus assuré par un moteur pas-à-pas STM, et surtout 406 g sur la balance. C'est presque la moitié du poids de l'équivalent maison chez Fujifilm. Côté tarif, on parle de 389 $ aux États-Unis, environ 13 900 THB sur les premiers marchés asiatiques où il est sorti, et une disponibilité qui s'étend désormais hors d'Asie via la boutique Meike, avec des référencements attendus chez les gros revendeurs.

Mettez ça en face du

Fujifilm GF 80mm f/1.7 R WR
Fujifilm

Fujifilm GF 80mm f/1.7 R WR

Focale fixe moyen format la plus lumineuse du système GFX, tropicalisée, pensée pour le portrait et la faible lumière.

, la focale fixe lumineuse maison la plus proche, affichée à 2 174,90 €. Ou du
Fujifilm GF 110mm f/2 R LM WR
Fujifilm

Fujifilm GF 110mm f/2 R LM WR

La référence portrait du système GFX : f/2 en moyen format, moteur linéaire, tropicalisation et bokeh exceptionnel.

, la référence portrait du système, à 2 799,90 €. Le rapport est de un à cinq, voire un à sept. Ce n'est pas un écart, c'est un changement de catégorie.

389 $ contre 2 174,90 € : le vrai sujet n'est pas le prix de l'objectif

Le sujet, à mon avis, c'est le coût total d'entrée dans le moyen format. Aujourd'hui, un photographe qui veut passer au 102 Mp regarde le prix du boîtier — un

Fujifilm GFX 100S II
Fujifilm

Fujifilm GFX 100S II

Hybride moyen format 102 Mp, stabilisation 5 axes jusqu'à 6 stops, mode Pixel Shift 400 Mp, 900 g seulement.

tourne autour de 5 499,90 € — et se dit que c'est jouable. Puis il regarde le parc optique et comprend que le boîtier n'était que le ticket d'entrée. Deux ou trois focales fixes maison, et vous avez doublé la facture.

C'est exactement le mécanisme qui a longtemps maintenu le moyen format numérique dans une niche. Pas la technologie, pas l'ergonomie : le coût du système complet. Ce que Sigma, Tamron et plus récemment Viltrox ou Samyang ont fait au plein format hybride — casser la barrière tarifaire du parc optique — n'avait jamais eu lieu sur GFX.

Un 85 mm autofocus à moins de 400 $ ne remplace pas un GF 110 mm f/2 sur une commande exigeante. Mais il transforme la question « est-ce que je peux me permettre le moyen format ? » en « quelle focale j'achète en premier ? ». Et ça, pour un indépendant qui construit son parc sur trois ou quatre ans, c'est structurant.

85 mm sur GFX, ça donne quoi concrètement

Petit rappel utile : sur le capteur GFX, le facteur de conversion est d'environ 0,79 par rapport au 24 × 36. Un 85 mm cadre donc comme un 67 mm en plein format, avec une profondeur de champ qui se rapproche de ce que donnerait un f/1,4. On n'est pas du tout sur un téléobjectif à portrait serré : on est sur une focale standard longue, très polyvalente.

Portrait corporate

67 mm équivalent, c'est la focale de la photo d'équipe en entreprise, du portrait en pied ou trois-quarts dans un bureau, du dirigeant assis à sa table de réunion. Assez long pour ne pas déformer les traits, assez large pour garder du contexte dans le cadre. Sur un capteur 102 Mp, avec la latitude de recadrage que ça implique, une seule focale peut couvrir une bonne partie d'une session portrait corporate. En B2B, ça coche des cases.

Photo produit

C'est là que ça devient intéressant. En photo produit, on travaille rarement à pleine ouverture — on est plutôt entre f/8 et f/11, en lumière continue ou flash, sur trépied. Dans ces conditions, l'écart de performance entre une optique haut de gamme et une optique correcte se resserre nettement : moins de vignettage, moins d'aberrations résiduelles, moins de dépendance à la qualité des bords à pleine ouverture. Un objectif à 389 $ diaphragmé à f/8 sur un capteur 102 Mp peut donner un fichier parfaitement livrable pour un catalogue ou une fiche e-commerce premium.

Les 406 g comptent aussi plus qu'on ne le croit en studio. Sur un bras déporté ou une colonne inversée, chaque centaine de grammes économisée, c'est de la stabilité gagnée et un trépied moins sollicité.

Immobilier et architecture

Là, honnêtement, le 85 mm sert surtout de complément. Le travail immobilier se fait au grand-angle, et c'est précisément ce qui manque encore chez les tiers en monture G. En revanche, pour les détails d'architecture, les matières, les vues serrées sur une façade ou un aménagement intérieur, une focale standard longue en 102 Mp fait un travail redoutable. Sur le papier, ça fait sens.

Les limites que je vois, et elles sont réelles

Je ne vais pas vendre du rêve. Un moteur STM sur un objectif couvrant un cercle d'image moyen format, ça veut dire des lentilles lourdes à déplacer avec un moteur qui n'est pas ce qui se fait de plus rapide. Le suivi sur sujet mobile, ce n'est probablement pas le terrain de jeu de cet objectif — et de toute façon, personne n'achète un GFX pour ça. Pour du portrait posé, du produit sur trépied, du plan fixe, ça devrait suffire largement.

Deuxième réserve : la communication de Meike ne met en avant aucune tropicalisation. Sur du reportage entreprise en extérieur ou du chantier, c'est un point à surveiller de près avant de s'engager. Le GF 110 mm f/2, lui, est explicitement tropicalisé, et ça fait partie de ce qu'on paie.

Troisième point, plus insidieux : le comportement dans les angles. Couvrir un capteur de 43,8 × 32,9 mm proprement à f/1,8, c'est un exercice optique autrement plus difficile qu'en 24 × 36. D'après les retours pros disponibles sur les premiers exemplaires, il faudra regarder de près le vignettage à pleine ouverture et la tenue des bords. Sur un capteur qui pardonne aussi peu qu'un 102 Mp, ces défauts ne se cachent pas.

Et enfin, la question du SAV et de la valeur de revente. Une optique tierce à 389 $ ne se revend pas comme un GF 110 mm. Si vous construisez un parc destiné à durer dix ans, c'est un paramètre à intégrer.

Et maintenant : 65 mm et 110 mm

C'est la partie qui m'intéresse le plus. Les rumeurs des 16 et 18 août font état d'un Meike AF 65 mm f/1,8 — peut-être f/1,7 — et d'un AF 110 mm f/2 en monture GFX. D'autres éléments de feuille de route évoquent des versions plus lumineuses encore, un 65 mm f/1,4 et un 110 mm f/1,8. Prudence sur ces chiffres : ils proviennent d'un compte rendu de salon et rien n'a été confirmé officiellement par Meike à ce stade. Les ouvertures annoncées peuvent bouger d'ici la sortie.

Mais la direction est claire. Un 65 mm équivaut à un 51 mm en plein format : la focale standard par excellence, celle qui manque à tout le monde en début de parc. Un 110 mm équivaut à un 87 mm : le portrait classique, en face directe du GF 110 mm f/2 maison. Si Meike sort ces deux-là à un tarif comparable au 85 mm, un photographe peut se constituer un trio 65 / 85 / 110 pour le prix d'une seule optique Fujifilm.

Et le vrai signal, c'est la raison invoquée : la demande a dépassé les prévisions. Ça veut dire qu'il existe un marché de photographes qui attendaient exactement ça, et que d'autres fabricants tiers regardent maintenant la monture G avec un intérêt nouveau. Ce qui s'est passé sur la monture E entre 2018 et 2022 pourrait commencer sur GFX.

Mon avis

Cet objectif ne va pas remplacer une optique Fujifilm sur une commande où le client paie pour le moyen format et l'exige jusque dans les angles à pleine ouverture. Ce n'est pas son rôle et ce n'est pas ce qu'il prétend être.

En revanche, pour trois profils, il fait vraiment sens. Le photographe qui possède déjà un boîtier GFX et veut une deuxième focale sans y remettre 2 000 €. Celui qui hésite à basculer vers le moyen format et pour qui le coût du parc optique était le point bloquant. Et celui qui travaille en studio produit, diaphragmé, sur trépied, là où l'écart de performance entre une optique à 389 $ et une optique à 2 800 € se réduit à un niveau qui n'apparaît plus sur le fichier livré.

Ce que je retiens surtout, c'est le précédent. Pendant huit ans, le moyen format Fujifilm a été un système fermé où le prix d'entrée réel était trois fois celui du boîtier. Un fabricant vient de démontrer qu'il existe une demande solide pour l'alternative, et il enchaîne déjà avec deux focales supplémentaires. Pour tous ceux qui bossent en photo produit ou en portrait corporate et regardaient le 102 Mp de loin, c'est probablement la meilleure nouvelle de l'été.

Je surveille de près les annonces officielles du 65 mm et du 110 mm. Si ces deux-là se concrétisent aux tarifs suggérés, l'équation économique du moyen format ne sera plus tout à fait la même en 2027.