Il y a des appareils qui n'ont pas besoin de se justifier. Le Ricoh GR, c'est vingt ans de lignée compacte, une réputation en béton chez les photographes de rue, et un statut culte que même Fujifilm avec le X100VI n'a pas réussi à effacer complètement. Le GR IV arrive après un GR III qui avait ses fans et ses frustrations. La question : est-ce que Ricoh a corrigé le tir, ou est-ce qu'on parle encore d'une mise à jour cosmétique ?
Ce qui change vraiment par rapport au GR III
Commençons par le capteur. On passe d'un 24 MP frontside-illuminated à un 25,7 MP BSI (backside-illuminated). En pratique, ça veut dire une meilleure gestion du bruit en haute sensibilité — le plafond ISO grimpe de 102 400 à 204 800 — et une plage dynamique légèrement supérieure à ISO 100. Pour de la photo corporate en intérieur ou du reportage entreprise en lumière mixte, c'est un vrai gain.
La stabilisation passe de 3 axes / 4 stops à 5 axes / 6 stops. Sur le papier, ça semble incrémental. Sur le terrain, ça change la donne en basse lumière : descendre à 1/8s à main levée avec un 28mm devient réaliste, là où le GR III demandait 1/30s pour être confortable.
L'autofocus est probablement l'amélioration la plus significative. Ricoh a revu ses algorithmes et ajouté la détection de visage et d'œil. En lumière de jour, c'est nettement plus fiable que le GR III. En basse lumière, ça reste un point faible — on est loin d'un Sony ou d'un Fuji sur ce terrain. Mais pour de la photo de rue ou du reportage événementiel en extérieur, le progrès est tangible.
53 Go de stockage interne : le détail qui change tout
Le GR III embarquait 2 Go de mémoire interne. Le GR IV monte à 53 Go. Concrètement, ça représente environ 800 fichiers RAW sans carte SD. Pour un appareil qu'on glisse dans la poche de veste en complément d'un boîtier principal, c'est énorme. Pas besoin de se demander si on a une carte de rechange. On sort, on shoote, on rentre.
La batterie suit la même logique. La nouvelle DB-120 offre environ 40 % de capacité en plus par rapport à la DB-110 du GR III. Les 200 photos pénibles du GR III — un de ses défauts les plus agaçants — passent à environ 300+ en usage réel. Ce n'est toujours pas un marathon, mais on n'est plus en mode « batterie externe obligatoire dès la mi-journée ».
L'objectif : même formule, meilleure exécution
Le 28mm f/2.8 reste la signature du GR. Ricoh a ajouté un élément asphérique supplémentaire (7 éléments en 5 groupes) et affiné les coins. Les tests montrent une meilleure homogénéité sur tout le champ, surtout entre f/4 et f/8. Au centre, c'est toujours tranchant dès la pleine ouverture.
Le barillet plus fin permet un démarrage 25 % plus rapide — on passe sous la seconde pour être opérationnel. Sur un compact qu'on sort de la poche pour saisir un instant, chaque dixième de seconde compte.
Pour ceux qui veulent explorer d'autres rendus, la version HDF intègre un filtre de diffusion activable par bouton. Ça adoucit les hautes lumières et donne un rendu plus organique, proche d'un filtre Black Mist. C'est un choix esthétique qui plaira aux amateurs de portrait de rue et de lumière naturelle douce.

Ricoh GR IV
Compact APS-C 26 MP, objectif 28mm f/2.8, stabilisation 5 axes 6 stops, 53 Go stockage interne, batterie DB-120
En main : le même ADN, en mieux
Le GR IV ne change pas de philosophie ergonomique. On retrouve le boîtier magnésium de 262 g, les dimensions de poche (109 × 61 × 33 mm), et l'interface à molettes qui fait la force de la série. L'écran tactile est toujours là, toujours pas inclinable — un choix frustrant en 2026, mais cohérent avec la philosophie « pas de superflu » de Ricoh.
L'interface utilisateur a été revue. Les menus sont plus lisibles, la navigation plus fluide. Les modes Snap Focus — prédéfinir une distance de mise au point pour shooter sans AF — restent un atout majeur pour le reportage rapide. En photo corporate événementielle, pouvoir pré-régler une hyperfocale et déclencher sans délai, c'est un avantage concret.
Le GR IV garde les profils d'image qui ont fait le succès de la série : Positive Film, Bleach Bypass, HDR Tone… Les JPEG sortis de boîtier sont exploitables immédiatement, ce qui en fait un excellent appareil pour alimenter un flux social media sans passer par Lightroom.
Les limites qu'il faut connaître
Soyons francs : le GR IV n'est pas un appareil universel, et il ne prétend pas l'être.
Pas de tropicalisation. Pour du reportage chantier sous la pluie ou de l'immobilier en extérieur par mauvais temps, c'est un risque. Un Sony A7 IV ou même un Fujifilm X-T5 encaissent mieux les éléments.
L'AF en basse lumière reste moyen. La détection de visage fonctionne en conditions favorables, mais dès que la lumière tombe, le GR IV hésite. Pour de l'événementiel en soirée, mieux vaut un boîtier dédié.
4 fps en rafale, 1080p en vidéo. On est en 2026. L'absence de 4K et la rafale limitée positionnent clairement le GR IV comme un appareil photo pur, pas un hybride multimédia. Pour de la photo, c'est pas un problème. Pour qui cherche la polyvalence totale, c'est rédhibitoire.
L'écran fixe reste un manque. Pour de la photo en plongée ou contre-plongée en architecture, un écran inclinable aurait été bienvenu. Ricoh assume son choix : compacité d'abord.
Pour quel photographe pro ?
Le GR IV n'est pas un boîtier principal. C'est un complément. Et dans ce rôle, il excelle.
En reportage entreprise, c'est l'appareil qu'on a toujours sur soi quand le boîtier principal est rangé. Entre deux séances, pendant un déplacement, sur un salon. Le 28mm est parfait pour des plans d'ambiance, de la photo documentaire, du contenu pour les réseaux sociaux d'un client.
En photo immobilière, le 28mm correspond pile à ce qu'on utilise pour des plans serrés d'intérieur — pas les plans larges au 16mm, mais les détails d'agencement, les matériaux, les éléments de décoration. Le rendu est net, contrasté, avec des couleurs fidèles.
En portrait corporate informel, la focale courte et l'ouverture f/2.8 permettent de jouer avec l'environnement. On ne fera pas de headshot avec, mais pour un portrait en situation — un dirigeant dans ses locaux, une équipe en action — le GR IV donne des images qui ont du caractère.
GR IV standard ou HDF ?
La version HDF ajoute le filtre de diffusion Highlight Diffusion Filter activable en un clic. Le rendu est plus doux sur les hautes lumières, avec un léger halo qui rappelle les optiques vintage. C'est séduisant pour du portrait de rue ou de la photo d'ambiance en lumière naturelle.
Pour un usage B2B — reportage, corporate, immobilier — la version standard suffit. Le filtre HDF est un choix créatif, pas un outil de production. À 100 € de plus, c'est raisonnable si le rendu correspond à votre esthétique.

Ricoh GR IV HDF
Version HDF du GR IV avec filtre de diffusion intégré activable, 53 Go, stabilisation 5 axes, mode Cinema
Le prix : 1 349 €, ça passe ?
Le GR IV se positionne à 1 349 € en France. C'est cher pour un compact à focale fixe sans viseur ni écran articulé. Mais c'est le prix du marché pour un APS-C premium compact — le Fujifilm X100VI est à peu près au même niveau, et il est quasiment introuvable.
La différence, c'est que le GR IV tient dans une poche de chemise. Littéralement. Aucun autre APS-C ne peut en dire autant. Ce format ultra-compact a une valeur réelle pour un photographe pro qui veut un appareil toujours accessible sans contrainte de transport.
D'après les retours de photographes pros qui l'utilisent en complément de leur setup principal, le GR IV se rentabilise vite : les images qu'on capture parce qu'on avait un appareil sur soi, on ne les aurait jamais eues avec un boîtier resté dans le sac.
Mon verdict
Le Ricoh GR IV ne révolutionne rien. Et c'est précisément ce qui le rend bon. Ricoh a pris chaque point faible du GR III — batterie famélique, stockage ridicule, AF hésitant, stabilisation limitée — et les a corrigés sans dénaturer l'appareil. Le résultat, c'est un compact qui fait exactement ce qu'on attend de lui, mieux qu'avant.
Pour un photographe pro B2B, le GR IV est un outil complémentaire redoutable. Pas le boîtier pour une commande immobilière au grand-angle ou un portrait studio. Mais pour tout le reste — le reportage de terrain, les entre-deux, le contenu spontané, la photo documentaire — il coche toutes les cases.
À mon avis, si vous avez un GR III et qu'il fonctionne bien, la mise à jour n'est pas urgente. Si vous n'avez jamais eu de GR et que vous cherchez un compact APS-C sérieux à glisser dans une poche, le GR IV est le meilleur choix du marché en 2026. Point.
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