Dans la soirée du 30 septembre, LK Samyang a publié sur ses réseaux l'information que pas mal de photographes attendaient depuis un an : l'AF 28-135mm f/2.8 FE, co-signé avec l'allemand Schneider Kreuznach, arrivera sur le marché en février 2027. Et cette fois, on a une vraie fiche technique, pas un simple teaser. F/2.8 constant du début à la fin de la plage, 854 grammes, motorisation VCM inédite chez la marque. Sur le papier, c'est l'objectif le plus ambitieux jamais annoncé par le constructeur coréen. Et à mon avis, c'est nettement plus intéressant que la énième focale fixe qui occupe l'actualité ces dernières semaines.

Ce qui a été annoncé exactement

Reprenons calmement ce que LK Samyang a communiqué, parce que chaque ligne de cette fiche technique mérite qu'on s'y arrête :

  • Plage focale 28-135mm, ouverture f/2.8 constante
  • Monture Sony E, plein format
  • 854 g, filtres de 82 mm
  • Formule optique de 20 éléments en 16 groupes
  • Motorisation VCM (voice coil motor), une première chez Samyang
  • Distance minimale de mise au point : 27 cm à 28mm, 73 cm à 135mm
  • Construction tropicalisée, traitement déperlant anti-eau et anti-huile, revêtement UMC
  • Zoom externe : le fût passe d'environ 151 mm à 190 mm en position 135mm
  • Disponibilité en février 2027, prix non communiqué

Une précision qui a son importance : personne n'a jamais fait ça. Un zoom autofocus plein format qui tient f/2.8 constant sur une amplitude allant du 28mm au 135mm, ça n'existait tout simplement pas, chez aucun constructeur. Sony propose bien un 28-135 en monture E depuis des années, mais il ouvre à f/4, pèse près du double et vise un tout autre public, à un tarif bien supérieur. La plage 28-135 à f/2.8 pour la photo, c'était une case vide du marché. Samyang vient de poser son nom dessus.

Pourquoi cette plage parle directement aux photographes d'entreprise

Je vais être franc : cette annonce, je la lis avec mes lunettes de photographe B2B, et c'est précisément pour ce métier qu'elle fait sens. Une journée de reportage corporate — séminaire, convention, assemblée générale, inauguration — alterne sans prévenir entre le plan large de la salle comble, le portrait serré de l'intervenant à la tribune, et le petit groupe qui échange près du buffet. Trois situations, trois focales : un 28mm, un 85mm, un 135mm. Aujourd'hui, la réponse classique, c'est deux boîtiers avec un 24-70 et un 70-200 vissés dessus, ou une gymnastique permanente de changement d'optique au pire moment possible.

Un 28-135 f/2.8 couvre ces trois situations sans rien changer. Le 28mm encaisse le plan d'ensemble de la salle et la photo de groupe en espace contraint. Le 135mm va chercher l'orateur à la tribune depuis le fond, sans jouer des coudes. Et entre les deux, toute la plage des focales à portrait — 50, 85, 105 — est disponible instantanément. En événementiel, où la scène se joue une seule fois et ne se rejoue jamais, cette réactivité n'est pas un confort : c'est de la production en plus à livrer au client.

Le f/2.8 constant n'est pas un luxe non plus. Les salles de conférence sont presque toujours sous-éclairées, les scènes noyées sous des projecteurs capricieux. Pouvoir rester à f/2.8 à 135mm, c'est garder une vitesse de sécurité sans faire exploser les ISO, et c'est surtout détacher proprement l'intervenant d'un fond de salle rarement flatteur. Une ouverture glissante qui ferme à f/5.6 en bout de plage, dans ces conditions, ça se paie cash sur les fichiers.

Reste le poids : 854 grammes. Pour situer, le couple Sony FE 24-70mm f/2.8 GM II et 70-200mm f/2.8 GM II pèse environ 1,7 kg — sans compter le second boîtier qui va souvent avec. Diviser par deux la charge sur une journée de dix heures debout, les épaules apprécient. Et le dos aussi.

La motorisation VCM, le vrai signal de sérieux

Le détail qui m'a fait tiquer dans le bon sens, c'est le moteur. Samyang n'avait jamais utilisé de VCM sur ses objectifs autofocus — la marque s'appuyait jusqu'ici sur des moteurs linéaires STM, efficaces mais limités quand il s'agit de déplacer rapidement des groupes optiques lourds. Or un f/2.8 constant sur une plage pareille implique précisément des lentilles massives à piloter. Le passage au VCM n'est donc pas un argument de plaquette : c'est la condition technique pour que l'autofocus suive, notamment en suivi de sujet sur les boîtiers Sony récents.

D'après les retours pros sur les dernières optiques AF de la marque, Samyang a énormément progressé sur la fiabilité de mise au point ces trois dernières années. Si ce VCM tient ses promesses, le principal argument historique contre la marque — « l'AF n'est pas au niveau des grands » — tombe. C'est évidemment le point que j'attendrai au tournant lors des premiers tests terrain.

Schneider Kreuznach : caution optique ou argument marketing ?

Parlons de la co-signature, parce qu'elle interroge. Schneider Kreuznach, c'est un siècle et demi d'optique allemande, un nom qui pèse. Mais l'histoire de la photo est remplie de partenariats prestigieux dont on n'a jamais vraiment su qui dessinait quoi. Je reste donc prudent : un logo allemand sur un fût coréen ne garantit rien en soi.

Ce qui me rend malgré tout optimiste, c'est la formule optique. Vingt éléments en seize groupes, c'est une construction complexe, cohérente avec l'ambition de tenir la distorsion et l'homogénéité sur une amplitude presque 5x à grande ouverture. Les points à surveiller sont connus d'avance : la distorsion à 28mm — qui sera à coup sûr corrigée logiciellement, la question est de savoir à quel prix sur les bords — et le piqué à 135mm f/2.8, là où précisément on en a le plus besoin en reportage. Verdict sur pièce, pas avant début 2027.

Face au Tamron 35-150 : le match est lancé

Impossible de parler de cet objectif sans évoquer celui qui règne sur ce segment depuis quatre ans : le Tamron 35-150mm f/2-2.8. C'est la référence du zoom à tout faire en monture Sony E, et il a largement conquis les photographes d'événementiel.

Tamron 35-150mm f/2-2.8 Di III VXD (Sony E)
Tamron

Tamron 35-150mm f/2-2.8 Di III VXD (Sony E)

Zoom à très grande ouverture f/2-2.8 pour Sony E. Du reportage au portrait serré sans changer d'optique, avec port USB-C de personnalisation.

La comparaison est intéressante parce que les deux optiques ne font pas les mêmes compromis. Le Tamron ouvre à f/2 à 35mm — un vrai plus en basse lumière — mais son ouverture glisse vers f/2.8 en montant dans la plage, et surtout il démarre à 35mm. Or ces 7 millimètres d'écart au grand-angle changent tout en intérieur : à 28mm, la salle de réunion entière rentre dans le cadre, le hall d'accueil aussi. À 35mm, on recule jusqu'au mur et il en manque encore. Pour qui travaille en espace contraint — et en corporate, on travaille toujours en espace contraint — le 28mm est un argument lourd. Ajoutez 311 grammes d'écart sur la balance en faveur du Samyang (854 g contre 1 165 g), et le match devient très sérieux. Le Tamron garde deux atouts majeurs : il est disponible immédiatement, et son prix est connu.

Et dans la gamme Samyang, ça dessine quoi ?

Cette annonce ne sort pas de nulle part. Elle complète une stratégie entamée avec le 60-180mm f/2.8, sorti l'an dernier, qui appliquait déjà la même recette : f/2.8 constant, poids plume, prix agressif.

LK Samyang AF 60-180mm f/2.8 FE
LK Samyang

LK Samyang AF 60-180mm f/2.8 FE

Télézoom f/2.8 constant ultraléger de 730 g pour Sony E. Mise au point à 35 cm, construction tropicalisée, piqué remarquable en portrait.

Mettez les deux côte à côte et regardez ce que ça donne : un duo 28-135 et 60-180, soit une couverture de 28 à 180mm intégralement à f/2.8, pour environ 1,6 kg au total. Aucune autre marque ne propose un équivalent, ni en poids, ni — très probablement — en budget. Pour un photographe d'entreprise qui équipe un sac léger sans sacrifier l'ouverture, cette paire a de quoi faire réfléchir avant d'aligner plus de 5 000 € dans un couple de zooms G Master.

Les zones d'ombre

Tout n'est pas réglé pour autant, et je préfère lister ce qui fâche. D'abord le prix : Samyang ne l'a pas communiqué, et c'est lui qui fera tout. Si la marque reste fidèle à sa politique tarifaire — le 60-180 est sorti sous la barre des 1 000 € — un positionnement entre 1 200 et 1 500 € mettrait une pression énorme sur le Tamron et poserait une vraie question aux possesseurs de 24-70 f/2.8. Au-delà de 1 800 €, l'histoire devient beaucoup moins séduisante.

Ensuite, février 2027, c'est loin. Annoncer cinq mois avant la disponibilité, c'est une manière classique de geler les achats de fin d'année chez la concurrence. D'ici là, le Tamron reste la seule option réellement disponible sur ce créneau.

Côté technique, le zoom externe qui déploie le fût jusqu'à 190 mm n'est pas anodin : équilibre qui évolue en zoomant, et la question habituelle du pompage de poussière sur la durée — la tropicalisation annoncée devra faire ses preuves. Les filtres en 82 mm impliquent un budget conséquent pour qui travaille au polarisant. Enfin, l'objectif n'est annoncé qu'en monture Sony E. Les utilisateurs Nikon Z et L-mount devront patienter — le 60-180 ayant fini par arriver en monture L, il y a un espoir raisonnable, mais rien d'officiel.

Mon verdict provisoire

Sur le papier, ce 28-135mm f/2.8 est l'objectif de reportage le plus pertinent annoncé cette année, toutes marques confondues. Il règle le problème central du photographe d'événementiel — couvrir large et serré, vite, en basse lumière — avec un poids contenu et une première mondiale sur l'ouverture. En B2B, ça coche quasiment toutes les cases.

Les inconnues restent réelles : un prix non communiqué, un autofocus VCM encore jamais éprouvé chez cette marque, et quatre mois d'attente minimum. Mon conseil du moment est donc simple : si votre activité réclame ce type de plage aujourd'hui, le Tamron 35-150 reste la valeur sûre, éprouvée et disponible. Si vous pouvez attendre février, ne signez rien avant d'avoir vu les premiers tests de ce Samyang. Il y a une vraie chance qu'il rebatte les cartes du segment — et je serai le premier à regarder les fichiers de près quand ils sortiront.